London, 22 Jan 2009.
Bureau de Monsieur Van Orton (VO), Canary Wharf.
J
: « Mr Van Orton bonjour, quelles leçons tirez vous de
l’année qui vient de s’écouler?
»
VO « Bonjour, sur le plan personnel à
vrai dire pas grand-chose, a part une satisfaction certaine a avoir
été contrariant depuis début 2009. J‘avais indiqué lors de
notre dernier entretien en Aout dernier que les indices allaient
retrouver des niveaux plus cohérents d’ici la fin 2009. A l
époque le Dow végété autour de 9100 points et le CAC près des 3400
points. Mes 4000 points sur le CAC avaient amusé beaucoup de monde
autour de moi, en particulier les chartistes qui tracent des
droites dans tous les sens, en oubliant parfois voir même trop
souvent les fondamentaux économiques.
Mes équipes et moi-même avions déjà anticipé, la fin de la contraction économique qui devait de toute façon s’arrêter quasi mécaniquement, ne serait ce que pour réaliser les reconstitutions de stocks. Nos modèles ne sont pas meilleurs que ceux des prévisionnistes d’autres organisations mais je crois que nos méthodes d’interprétations se sont avérées certainement plus rigoureuses.
A ce titre, je dois dire que le métier qui a perdu toute crédibilité à mes yeux est celui d’économiste. N’oublions pas que Mr Strauss Khan, le patron du FMI, annonçait encore une croissance positive au second semestre 2007 pour que douze mois plus tard il claironne sans complexe la fin du monde, la dislocation du système financier d une part et l’effondrement des économies d’autre part. A croire, qu’ il était parti prenante dans une stratégie pour faire tomber les marches pour peut être ramasser plus bas (NDLR : rires).
J''avais, sous forme de boutade, espéré qu’un Nuremberg de la finance aurait du avoir lieu, mais force est de constater que la gouvernance mondiale en a décider autrement.
J : «A ce propos, êtes vous
de ceux qui réclament plus de régulation des marchés financiers ?
»
VO « Les marchés sont amorales par
définition, il est vain d’imaginer que les acteurs qui
opèrent sur ces mêmes marchés pensent aux valeurs du « bien ou
du mal » en se rasant le matin. Il n y a que les
politiciens et autres populistes de tous poil, pour faire croire de
telles balivernes. Non, ils sont la pour gagner de l’argent
et souvent en prenant des risques
considérables.
Les états devenus impuissants, exploitent aujourd’hui des comportements inadmissibles de quelques escrocs comme Maddoff pour salir une profession qui globalement est déjà trop réguler. Cela arrange bien les Sarkozy et autres sorciers en communication comme Obama pour détourner l’attention du publique des vrais problèmes bien plus grave qui pèsent et pèseront sur l’avenir des sociétés occidentales.
En revanche, je continue de penser que tant que nous n’aurons pas scindé les métiers de la banque d investissement ou du trading avec ceux du crédit traditionnel, les risques d’une prochaine crise financière demeurent très importants. Ce n’est pas au contribuable de payer les pots cassés pour des investissements risqués qui n’ont rien avoir avec le bien publique ( en sachant que la notion de bien publique est très discutable par définition)
J : «Quelle sont vos
perspectives sur le marche actions pour 2010 ?
»
VO « D’abord si vous me permettez, j’aimerais parler des fondamentaux : la croissance mondiale est attendue autour de 3% pour 2010 et même s il faut se méfier des prévisions, tous les signes montrent un retour de la demande. Nous l’observons clairement sur notre activité « commodities » et le prix actuel du baril de pétrole reflète clairement les anticipations d’une reprise de l activité économique.
Dans cette perspective, les «Bears » qui ont déjà vu fondre leurs revenus en 2009 risquent de connaitre une année 2010 encore plus difficile. Les Ours blancs n’auront malheureusement plus beaucoup d’ilots de glace pour se reposer et il en va de même a ceux qui espèrent toujours la fin du monde qu’ils n’ont pas vu en 2009. «Shorter » le marché aujourd’hui est a mon avis très risqué. En effet même si le marché a connu est un effet de rattrapage en 2009 nous sommes toujours fondamentalement dans un environnement ou les valorisations sont encore trop proches des fonds propres.
Comme vous êtes un journaliste Français, je vais parler un langage qui tout le monde pourra comprendre : je pense que le CAC 40 finira autour des 4700 – 4800 d’ici fin 2010. Je rappelle que les 3800 points d’aujourd hui est un niveau comparable a celui de 1995 (il y a 15 ans), entre temps le PIB a doubler…ca nous laisse de la marge, et je crois a un retour a une normalité. Oubliez les théories fumeuses autour du changement comportemental du consommateur lambda et au découplage Occident / Asie, rien de tout cela n’aura lieu.
Je n’irai pas puiser dans toutes les lettres de l’alphabet pour décrire les formes de reprise économiques (il semblerait que ce soit devenu le nouveau jeu préférés des Attali, Fitoussi, et autres Stiglitz), mais je pense a une reprise soutenable et durable autour des 3 % au moins pour les 24 prochains mois. Le marché devrait faire du Yo-Yo comme en 2004 dans un contexte marqué par l’incertitude qui va peser sur les taux d’intérêts.
J : «et au delà de 2010 ?
»
VO « Les problèmes de fonds existent
toujours et je crois malheureusement que 2008-2009 ne soit
qu’un échantillon d’une crise financière plus
importante a venir en 2012. Je vous rassure, je ne me suis pas
inspiré du film hollywoodien, et j’espéré d’ailleurs me
tromper mais il me semble important de souligner les risques et les
forces en présences.
Les déficits publiques ont atteint des niveaux records, rien que pour la France on parle désormais de 100% du PIB et je ne vois pas dans les faits beaucoup d’initiatives politiques pour enrailler ce fléau économique qui pourrait a terme en France et en Europe amener la zone euro a l’implosion. La lâcheté politique n’a pas son égal, et mis a part l’Angleterre qui a déjà reformé son système de retraite et les timides tentatives Allemandes, le problème reste entier. Si la zone euro se laisse aller dans le laïcisme budgétaire, comme elle le fait depuis trop longtemps, je pense qu’un scenario de rupture économique en Europe est très probable. Dans ce contexte, l’Allemagne ne pourra plus porter, a elle seule et a bout de bras une Europe malade.
Pèseront aussi des risques plus systémiques comme par exemple les présidentielles aux Etats Unis, et je n’écarte pas non plus une attaque de l’état hébreux sur l’Iran profitant de la confusion qui règnera aux USA, ou encore une recrudescence du terrorisme internationale. Obama va très rapidement devenir impopulaire sur son territoire (n’est pas Kennedy qui veut) et un retour des néoconservateurs n’est pas à exclure. Signalons au passage un autre risque non négligeable de la disparition du dollar comme étalon au profit de la monnaie chinoise par exemple. Cette chine qui pour le moment militairement pacifiste pourrait se montrer a terme plus belliqueuse.
Bref, autant d incertitudes qui nous amènerons à sortir progressivement du marche equity d’ ici la fin 2011 en se positionnant en « short » sur les valeurs boiteuses du marché .
J : «D ici la comment allez
vous constituer votre le
portefeuille ?»
VO « Je pense que le retour
d’une vague de fusions/acquisitions est inévitable. En effet,
les larges capitalisations ont coupé dans les structures et leur
cout de fonctionnement a atteint des niveaux historiquement bas,
elles vont d’ailleurs commencer de nouveau à recruter mais il
reste d’énormes synergies à réaliser dans les métiers aux
besoins capitalistiques importants. Je pense en particulier au
pétrole ou aux industries lourdes. Ils restent beaucoup de
surcapacité dans l’industrie de production en général et cela
devrait inciter les banquiers à revenir dans les board-room pour
proposer les méga deals que l’on a connu au plus fort de
2006-2007.
Pour ma part, je ne crois pas qu’il soit très judicieux de se positionner sur des valeurs défensives comme les Vinci, Veolia et autres valeurs à la « papa » si vous me permettez, sauf si bien entendu un rendement à 5 % sans trop de risques vous suffit.
Nous nous portons sur les cycliques parce que nous croyons au retour de la croissance mondiale et de ce point de vue, les compagnies aériennes par exemple représentent pour nous un intérêt certain. Nous avons une grosse ligne sur Delta Airlines et pensons également prendre des positions importantes sur les commodities « agricoles et pétrolières en particulier ».
Les medias, internet et les valeurs technologiques représentent aujourd’ hui la part la plus importante de notre portefeuille ; des valeurs comme Google ou même Apple aux USA sont incontournables. Nous pensons également participer à quelques IPO sur les métiers du social networking : linked-in et d’autres réseaux ont beaucoup de potentiel.
En France, nous nous intéressons particulièrement à certaines Mid-Caps comme Hi Media ou Netgem qui devraient connaitre encore de belles performances. Nous tablons pour ces valeurs un rattrapage au niveau de valorisation par rapport aux benchmarks Américains.
Une société du secteur en pleine croissance devrait se payer 20 fois l’Ebidta et nous pensons que les Mid Caps restent des proies très abordables pour les géants du secteur.
Enfin je ne résiste pas à une recommandation General Electric qui demeure l’un des plus beau fleuron industriel mondiale.
J : «Monsieur Van Orton je vous remercie.





